Une Légende d’amour au Bolchoï

Le ballet Légende d’amour a été diffusé en direct du Bolchoï le dimanche 26 octobre, depuis 110 de salles de cinéma à travers la France.

Ce ballet, créé par Youri Grigorovitch en 1961 est emblématique de la compagnie. En effet, même s’il a été monté au Kirov (ex-Mariinsky), Légende d’amour reste fortement associée à son charismatique chorégraphe, qui fut directeur du Bolchoï durant de 1964 à 1994.



Parmi les interprètes mythiques de ce ballet, on ne peut pas ne pas citer la grande Maïa Plissetskaïa.

Ainsi, après plus de 10 ans d’absence au répertoire du Bolchoï pour des raisons quelque peu obscures, le ballet signe aujourd’hui son grand retour.

Pour cette retransmission en direct, Svetlana Zakharova devait initialement danser le rôle de Mekhemene Banu, mais étant souffrante, c’est Maria Allash qui l’a remplacé.

Pour l’accompagner, Denis Rodkin (Ferkhad) et Anna Nikulina (Shirin), tous deux jeunes danseurs de la compagnie.

Légende d’amour est directement inspiré d’une légende perse.

L’argument est assez simple : “Dans les appartements royaux, la princesse Shyrin se meurt, et seule la reine Mekhmene Banu sa sœur peut la sauver. Mais elle doit pour cela sacrifier sa beauté. Une fois guérie, Shyrin tombe amoureuse du peintre Ferkhad, dont était aussi éprise la reine. Les deux jeunes gens s'aiment malgré la jalousie de la souveraine qui est maintenant défigurée. L’eau venant à manquer, Mekhmene Banu envoie Ferkhad creuser un long tunnel dans la montagne, un travail dont la seule issue est la mort.” 




Malgré une histoire digne de grands ballets classiques, avec des thèmes comme l’amour interdit, la jalousie, ou encore la mort, Légende d’amour est un ballet résolument moderne.

Par ses costumes tout d’abord. Ici point de tutus courts et de paillettes. L’académique est de rigueur. De jolis détails au parfum d’Orient viennent agrémenter le tout : voilages, sequins… Ces costumes originaux font partie intégrante du ballet, et contribuent pleinement à donner une atmosphère mystérieuse.
Chaque personnage féminin a ainsi sa gamme de couleurs.
Pour Mekmene Badu, ce sera le bleu royal puis le rouge de la colère, et enfin le noir de la mort.
Shyrin reste en blanc, symbole de jeunesse, de pureté et d’innocence.
Les ensembles ont également leur palette de couleurs, qui va du jaune safran au rouge rubis, ce qui rehausse l’intensité dramatique.

L’autre pont de rupture avec les autres ballets du répertoire, est la musique, qui n’a rien d’une orchestration à la Tchaikovsky. Signée Arif Melikov, elle mêle habilement le hautbois, le violon et les percussions. Parfois entraînante et souvent envoûtante, la partition donne dès l’ouverture le ton du ballet : un drame qui mêle amour interdit et jalousie familiale.

Enfin, la gestuelle est empreinte de néoclassique, avec ses pauses de pieds et de mains très caractéristiques.

Le début du deuxième acte, où Mekmene Badu, rongée par la jalousie de voir sa sœur pour qui elle a sacrifié sa beauté, convoler avec le beau Ferkhad, alors qu’elle-même en est éprise, est parfaitement représentatif du ballet. Il regroupe tous ses éléments distinctifs : costume, musique, gestuelle.
La reine toute de rouge vêtue, jure vengeance. Ses poses de mains particulières, caractéristiques, prennent une tournure dramatique qui est renforcée par la musique lancinante.

Bien que programmée à la dernière minute, Maria Allash est une véritable reine. C’est elle la star du ballet et tient à le faire savoir. La chorégraphie - truffée de pièges techniques - n’est qu’une simple formalité, et ne sert qu’à renforcer son interprétation dramatique.

Denis Rodkin et Anna Nikulina, jeunes solistes fraichement promus, sont tout à fait à la hauteur de leur ainée. Le premier est un bondissant guerrier, qui survole littéralement le ballet. La seconde est exquise, fraiche et piquante comme l’exige son rôle.

Un magnifique ballet, une belle découverte, à revoir par tous les moyens !

Pour un aperçu de la fameuse variation du début du second acte, vous pouvez visionner le magnifique documentaire Ballerina de Bertrand Normand, on l’on voit quelques extraits dansés par Ouliana Lopatkina.

Vous pouvez consulter la page Facebook de Pathé Live, qui a mis en ligne des images des répétitions : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.711787245570922.1073741856.170308039718848&type=1


Claire Foucqueteau

Pour rester dans notre Légende d'amour, et prolonger un peu le spectacle, voici quelques images des répétition.

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